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Au-delà du PIB : les 20 000 milliards de dollars de raisons d'inscrire la nature au bilan national

08 August 2026 · 4 min read

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Article image by Alexandre P. Junior
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Nairobi, correspondant MMN : Qu'est-ce qui rend une nation véritablement riche ? Pendant des décennies, la réponse a tenu en un seul chiffre : le produit intérieur brut. Ce chiffre façonne vos impôts, votre marché de l'emploi et les priorités de votre gouvernement. Une évolution plus discrète se dessine dans les cercles économiques, qui pourrait changer la manière dont on comprend la prospérité. L'idée est d'inscrire la nature elle-même au bilan comptable.

L'histoire commence en 1934. Simon Kuznets, futur lauréat du prix Nobel, présente un document au Congrès américain avec un objectif simple : mesurer la production économique du pays après la Grande Dépression. L'outil qu'il a créé est devenu le PIB. Il a donné aux gouvernements un moyen clair de suivre la production, les échanges et la consommation. Kuznets lui-même était prudent. Il a écrit que le bien-être d'une nation peut « difficilement se déduire d'une mesure du revenu national ». Cette précaution a été mise de côté, et le PIB est devenu la statistique la plus influente du monde.

Aujourd'hui, le PIB est au centre des politiques. Les campagnes électorales montent et descendent au rythme des chiffres de croissance trimestriels, et les plans budgétaires visent à maintenir ce chiffre à la hausse. Parallèlement à cette focalisation, une autre forme de richesse reste largement invisible. Les forêts qui filtrent l'eau, les zones humides qui absorbent les inondations, les sols qui font pousser la nourriture et les insectes qui pollinisent les cultures contribuent tous à la vie économique. Ils n'apparaissent nulle part dans le PIB. Ils soutiennent simplement toutes les colonnes qui y figurent.

Les signaux venus de la planète deviennent de plus en plus clairs. En 2025, le Programme des Nations unies pour l'environnement a publié une évaluation des risques climatiques et de la prospérité économique. Le rapport a constaté que la poursuite du changement climatique pourrait réduire le PIB mondial de 20 % d'ici 2100. Cette conclusion ne prend pas en compte les histoires humaines qui se cachent derrière ces chiffres, comme des communautés qui redessinent leurs côtes ou des agriculteurs qui replantent après des sécheresses. Elle pointe directement vers une opportunité : protéger les systèmes naturels, c'est aussi protéger la stabilité économique.

Steven Stone a grandi dans les années 1970 et 1980 parmi les forêts de feuillus du nord-est des États-Unis. Ces bois lui ont laissé une impression durable. Aujourd'hui, en tant que directeur intérimaire du Bureau des sciences du PNUE, il voit un lien évident entre l'expérience personnelle et la politique publique. « Chaque forêt que nous abattons et chaque once de combustible fossile que nous brûlons font monter le PIB », déclare Stone. « Par ces actions, nous érodons le monde naturel, qui nous fournit de la nourriture, de l'eau, des médicaments, de l'air pur et d'innombrables autres éléments essentiels. »

La réponse, selon de nombreux économistes, réside dans la comptabilité du capital naturel. Cette méthode donne une valeur monétaire aux services rendus par la nature. Elle rend visible ce qui est invisible. Une forêt devient plus que du bois. Elle devient un purificateur d'eau, un réservoir de carbone et un habitat pour la faune. Exploiter une montagne à ciel ouvert peut augmenter les revenus à court terme. La transaction complète inclut également la perte de biodiversité, la dégradation de la qualité de l'eau et la réduction du stockage de carbone. Avec la comptabilité du capital naturel, ces coûts entrent dans la conversation.

Certains se demandent s'il est juste d'attribuer un prix à une espèce ou à un paysage. C'est une question légitime. Stone souligne que le PIB lui-même a nécessité des années de perfectionnement. La comptabilité du capital naturel est plus jeune, et ses méthodes sont encore en maturation. Elle est déjà passée de la théorie à la pratique. Des pays la testent, des entreprises en font rapport, et les cadres mondiaux commencent à l'inclure.

Le Costa Rica montre à quoi cela ressemble en pratique. Le pays a passé des décennies à protéger ses forêts et ses côtes. Cet investissement a créé une économie d'écotourisme solide et a aidé la nation à atteindre le statut de revenu élevé. Le résultat offre une leçon pratique : lorsque la nature est traitée comme un actif, elle peut générer des rendements à la fois environnementaux et financiers.

L'ampleur de cette opportunité est considérable. En 2025, le sixième rapport sur l'avenir de l'environnement mondial a constaté que stabiliser le climat, réduire la pollution et enrayer la perte de biodiversité pourrait sauver des millions de vies chaque année. Ces mêmes actions pourraient générer 20 000 milliards de dollars de bénéfices économiques annuels d'ici 2070. C'est un argument d'investissement central en faveur de la nature.

Changer la manière dont on mesure la richesse prend du temps. Le PIB est profondément ancré dans les budgets, les taux d'intérêt et les comparaisons internationales. La tâche consiste à élargir le tableau de bord et à ajouter les comptes de la nature aux côtés de la production. Les outils et les données sont disponibles. Ce qui compte maintenant, c'est le choix collectif de les utiliser.

Un monde au-delà du PIB est déjà visible dans des endroits qui valorisent leurs rivières, leurs forêts et leurs terres agricoles. C'est un monde où le bilan d'une nation liste l'air pur et les sols sains comme des actifs. C'est un monde où le progrès signifie des communautés plus fortes et des écosystèmes plus résilients. Stone le dit clairement : « Tout ce qui est en deçà de cela est une forme d'abondance vide et, à terme, éphémère. » Le choix de ce que l'on compte comme richesse façonnera l'avenir. Compter la nature pourrait être l'étape la plus productive qu'une nation puisse franchir.