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Le projet de traité sur les plastiques omet les réductions de production. Voici ce que cela signifie pour vous et la planète.

13 August 2026 · 4 min read

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Article image by Naja Bertolt Jensen
Image by Naja Bertolt Jensen

Genève, correspondant MMN. Le tout dernier projet du traité mondial sur les plastiques est arrivé, et il lui manque un élément que de nombreux pays jugent essentiel. L’ambassadeur chilien Julio Cordano, qui préside les négociations des Nations unies, a publié ce document comme texte de référence informel. Il ressemble beaucoup à un traité formel. Pour les gouvernements, les militants et les scientifiques, le détail le plus frappant est ce qui ne s’y trouve pas, à savoir toute mesure concrète pour ralentir la production de nouveaux plastiques.

Le texte reconnaît que le monde produit et consomme des plastiques à un niveau insoutenable. Il ne propose aucune mesure pour faire face à cette croissance. Un traité censé mettre fin à la pollution plastique sans toucher à la source de cette pollution est, aux yeux de beaucoup, un traité qui aura du mal à faire son travail.

Christina Dixon, militante à l’Environmental Investigation Agency, estime que ce document reprend une version rejetée par la plupart des gouvernements à Genève il y a un an, avec des éléments clés retirés et présentés comme une avancée. « Nous reculons plutôt que d’avancer », dit-elle. Les diplomates français ajoutent que le texte manque de dispositions concrètes sur la production et la consommation non durables, et qu’une majorité de pays continuent de réclamer ces dispositions.

Les scientifiques font valoir ce point depuis des années. La pollution plastique ne commence pas dans les décharges. Elle commence à la fabrication. Les gouvernements d’Europe, d’Amérique latine, d’Afrique et des îles du Pacifique réclament depuis longtemps des limites à la fabrication de plastique à des niveaux durables. Ils se heurtent à une forte opposition des pays producteurs de combustibles fossiles, notamment les États du Golfe, les États-Unis et la Russie. Pour ces producteurs, le plastique représente un marché en pleine croissance pour le pétrole et le gaz.

Ce n’est pas un nouveau combat. Les premiers projets de 2024 comprenaient un article autonome qui aurait permis aux négociateurs de fixer un objectif mondial de réduction de la production et de la consommation de plastiques primaires. Cette disposition a disparu des projets successifs publiés à Genève l’an dernier. Le texte de Genève conservait toutefois un langage suggérant que les données de production pourraient servir à évaluer plus tard si le traité atteignait ses objectifs. Les observateurs y voyaient une porte ouverte vers un pacte plus solide au fil du temps. Le nouveau texte s’éloigne de cette porte. Il ne mentionne la production durable que dans le préambule, et il comprend un article sur l’amélioration de la conception des produits en plastique pour soutenir une production durable. Pas d’objectif. Pas de boucle de données. Pas d’obligation.

Le négociateur des États fédérés de Micronésie, Dennis Clare, voit une érosion lente de l’ambition. « Il y a un élément de guerre d’usure », dit-il. « Les pays qui veulent faire moins font traîner les discussions et poussent progressivement les plus ambitieux à compromettre vers un plus petit dénominateur commun. »

Les négociations ont déjà manqué deux échéances. Les sessions formelles censées conclure l’accord se sont terminées sans accord en décembre 2024 et en août 2025. Le nouveau président Julio Cordano a tenté de relancer le processus par des réunions informelles. La prochaine session formelle de négociation est prévue pour début 2027.

Son approche est scrutée de près. Certains négociateurs disent que la production a été laissée hors de l’ordre du jour d’une récente réunion à Nairobi, ce qui a rendu plus difficile la discussion sur les fondements du traité. Cordano répond que les pays étaient libres de soulever n’importe quel sujet et que Nairobi offrait un espace pour réaffirmer les positions et exprimer de nouvelles idées. Les discussions informelles se déroulent à huis clos, sans médias ni observateurs extérieurs.

Les militants y voient un calcul clair. Selon Dixon, le chemin le plus facile vers un accord par consensus consiste à retirer les éléments les plus complexes, notamment la production et la consommation durables. Cordano répond qu’il se laisse guider par les pays, alors qu’ils développent leurs propres échanges et travaillent vers d’éventuels points de convergence.

Les enjeux dépassent de loin la salle de négociation. La production de plastique est une source importante et en forte croissance de gaz à effet de serre. Selon l’OCDE, le plastique a généré 1,8 milliard de tonnes d’émissions en 2019, soit environ 3,4 % du total mondial. Sans changement de politique, ce chiffre pourrait plus que doubler d’ici 2060. Parce que le plastique dépend des combustibles fossiles à la fois pour sa matière première et pour l’énergie, ce traité est aussi un accord climatique.

Les négociateurs se réuniront à Bangkok à la fin septembre pour une autre réunion des négociateurs en chef. Une nouvelle version du texte est attendue après cela. Les diplomates français disent que le projet actuel ne doit pas être traité comme un produit fini. Ils le décrivent comme un point de départ qui peut et doit être amélioré. La France, l’Union européenne et la High Ambition Coalition, un groupe de plus de 70 pays d’Europe, d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique, continueront de pousser pour des dispositions plus solides. La HAC a toujours réclamé un traité qui couvre tout le cycle de vie des plastiques, y compris la production et la gestion des déchets.

Dennis Clare lance un avertissement sévère pour la prochaine phase. Si le traité laisse de côté des éléments essentiels de la solution, un succès diplomatique apparent pourrait devenir un échec environnemental. Les pays de première ligne pourraient décider qu’ils ne veulent pas d’un pacte faible qui leur demande de nettoyer les déchets des autres pendant que les producteurs continuent de se développer.

La vraie question porte donc sur la qualité de l’accord final. Une fois conclu, résoudra-t-il vraiment le problème ? Bangkok sera un test clé pour savoir si la production revient sur la table. La réponse façonnera l’économie du plastique et la planète pour les décennies à venir.